GIEC, CETA, MERCOSUR, autoroutes, imperméabilisation des sols : a-t-on dépassé les limites du raisonnable ?

contournement Est de Rouen, A133-A134, projet inutile et imposé

GIEC, CETA, MERCOSUR, autoroutes, imperméabilisation des sols : a-t-on dépassé les limites du raisonnable ?

s'habituer à la sécheresse

Au lendemain de la publication du nouveau rapport du Groupe d’experts  intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le jeudi 08 août 2019, on est en droit de se demander s’il est raisonnable d’artificialiser 1020 hectares de terres fertiles supplémentaires sur le territoire de la métropole de Rouen.

1er enseignement du rapport du GIEC, il ne nous reste que  huit ans et demi avant que nous ayons épuisé le quota de CO2 autorisé.

Le 1er enseignement du rapport du GIEC, c’est que, au rythme actuel de production de gaz à effet de serre, il ne nous reste que huit ans et demi avant que nous ayons épuisé le quota qui nous permettrait d’avoir 2 chances sur 3 d’arriver à maintenir le réchauffement climatique sous la barre de 1,5°C.

Au-delà, les conséquences seraient incontrôlables, avec des phénomènes climatiques extrêmes.

Nous dépensons 42 milliards de tonnes de CO2/an. Le reste à dépenser est de 360 milliards de tonnes de CO2 pour le scénario le plus optimiste (2/3 de chances d’y arriver). Au-delà, les chances s’effondrent.

Une fois ce capital carbone dépensé, il faudra que notre société ait atteint la neutralité carbone.

Au rythme actuel,  nous arriverions à un réchauffement de 5,5°C. Les conséquences seraient indicibles.

s'habituer à la sécheresse

la gestion des terres agricoles au cœur du nouveau rapport du GIEC.

L’autre enseignement de ce nouveau rapport du GIEC, c’est que la gestion des terres agricoles est au cœur de ce nouveau rapport.

Les terres émergées sont soumises à la pression croissante des activités.

Le rapport montre qu’une meilleure gestion des terres peut contribuer à faire face aux changements climatiques, mais n’est pas la seule solution. Il est essentiel de réduire les émissions de gaz à effet de serre de tous les secteurs pour maintenir le réchauffement mondial bien en dessous de 2 °C, si ce n’est à 1,5 °C.

Il nous faut à la fois jouer sur efficacité énergétique au stade de l’utilisation finale, la sobriété énergétique, l’économie circulaire, l’électrification de l’industrie et des transports, un investissement inédit et massif dans les énergies renouvelables, et il nous faut recréer une agriculture résiliente et reconstituer les puis de carbone.

C’est ce que nous indique la Commission européenne :

Tirer le meilleur parti de la bioéconomie et créer des puits de carbone essentiels : l’agriculture et la foresterie de l’Union vont devoir à la fois fournir suffisamment de denrées alimentaires, d’aliments pour animaux et de fibres, et dans le même temps soutenir le secteur de l’énergie ainsi que divers secteurs industriels et de la construction. Une économie à zéro émission nette nécessitera des quantités croissantes de biomasse par rapport à la consommation actuelle. Il existe des systèmes agricoles améliorés, et notamment des techniques d’agroforesterie permettant d’utiliser de manière optimale les ressources en nutriments. Ces techniques augmentent la teneur en carbone du sol mais favorisent également la biodiversité et améliorent la résilience de l’agriculture au changement climatique. Il faut reboiser et restaurer les terres forestières dégradées.

Alors que les diagnostics sont établis, que les scénarios européens nous indiquent la marche à suivre, les politiques menées par les responsables politiques élus, tant au gouvernement que dans les régions, vont dans le sens inverse de la transition à mener.

L’agriculture, mise en avant à chaque salon de l’agriculture à Paris, quand les candidats vont taper le cul des vaches, manger quelques rondelles de saucisson et s’enfiler un verre de blanc pour la photo, est de moins en moins le symbole de d’une France leader européen et mondial en matière agricole. Sans le vin et les spiritueux, la France aurait un déficit commercial agricole de plus de 6 milliards d’euros.

Mais la Commission sénatoriale explique qu’en 2023, malgré le vin et les spiritueux, la France constatera son premier déficit agricole.

La surface agricole dédiée à l’agriculture a baissé de 17% depuis 1961. 60.000 km2 enfouis sous les autoroutes, parkings, supermarchés, zones pavillonnaires.

L’emploi du secteur agricole ne représente plus que 5,5%, contre 12% de l’emploi total en 1980.

Et ce n’est pas fini, car le nombre d’agriculteurs partant à la retraite ne fait qu’augmenter.

L’agriculture doit nous nourrir de plus en plus localement, et nous préférons construire une autoroute, des ZACs et des pavillons sur des terres qui vont nous manquer demain.

Libre échange, MERCOSUR, CETA… des accords qui s’opposent à l’apparente volonté de développer l’économie circulaire :

Et malgré la volonté affichée de développer une économie circulaire, on signe des accords de libre-échange, Mercosur (accord UE – Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), CETA, qui sont une concurrence déloyale et une tromperie sur la qualité des aliments : utilisant OGM, pesticides interdits en Europe, antibiotiques, et sont la cause massive de la déforestation.

Le Mercosur : une baisse de 90% des droits de douane entre l’Amérique latine et l’Europe sur 99.000 tonnes de viande bovine, 100.000 tonnes de volailles, 25.000 tonnes de viande porcine.

Plus de 1,2 kg de viande importée par jour par européen, bébé et enfant y compris. Sérieusement ? 1,2 kg / jour de viande par habitant, auxquels il faudrait ajouter la consommation de viande produite en Europe.

180.000 tonnes de sucre, 650.000 tonnes d’éthanol, vin, miel, chocolat… De l’autre côté, les entreprises européennes auront accès aux marchés publics d’Amérique latine. L’accord inclut également les produits industriels, automobiles et pièces détachées, la chimie, les produits pharmaceutiques…

Le CETA, c’est l’accord d’échange entre l’UE et le Canada, cette fois. Et sur 98% de tous les produits. Produits manufacturés, automobiles, métaux, produits miniers, bois, tout.

Les produits de la mer et agricoles sont inclus, mais dans l’immédiat, volailles, œufs et bovins sont exclus. Mais l’élimination progressive de ces taxes est prévue progressivement pour les 3, 5 et 7 ans après l’application de l’accord.

En réponse à Nicolas Hulot, Emmanuel Macron, président de la République, « croi[t] que le véritable idéalisme consiste toujours à regarder le réel. »

Regardons le réel : nous maltraitons tellement les sols qui nous nourrissent qu’un quart de la surface mondiale n’est déjà plus cultivable.

Est-il vraiment idéaliste et responsable de sacrifier encore des terres fertiles qui sont censées nous nourrir, des puits de carbone, de l’oxygène pour les habitants ?

Pour en faire quoi ? Pour y implanter de nouvelles autoroutes, des hangars, des supermarchés et des parkings et cultiver un peu plus la France des paysages qui ne ressemblent à rien, qui se ressemblent tous.

Pourquoi détruire des terres fertiles près de chez nous pour importer de la nourriture dont nous ne voulons pas ?

La destruction de ces forêts prive la planète d’un moyen de captation et de stockage du CO2.

Les techniques d’agricultures intensives employées font la part belle aux énergies fossiles (mécanisation, intrants chimiques…) sans parler du transport des marchandises. Ces pratiques ne peuvent qu’accélérer et amplifier le réchauffement climatique.

Comment peut-on prôner ce modèle d’une main, et brandir l’étendard de la COP 21 et de l’accord de Paris de l’autre ?

Le rapport du GIEC met en garde contre la cadence infernale du réchauffement climatique.

Les scientifiques avertissent des risques d’une grave crise alimentaire, liée à la hausse des températures :

  • « La production agricole et l’alimentation doivent changer. À défaut, la sécurité alimentaire est menacée pour les dix milliards d’habitants qui peupleront la terre en 2050. En d’autres termes, c’est la possibilité de voir des famines se multiplier. »
  • « Dès 2 degrés de réchauffement global, nous pourrions nous retrouver avec des crises alimentaires d’origine climatique plus sévères et plus nombreuses » Jean-François Soussana co-auteur du rapport. Empêcher l’augmentation de 2 degrés, c’est bien l’objectif de l’accord de Paris arraché au terme de la COP 21.
  • Le réchauffement des terres émergées atteint déjà 1,53°. Soit le double de la hausse globale. « C’est un enchaînement désastreux : des terres limitées, une population humaine en expansion, le tout enveloppé dans la couverture suffocante de l’urgence climatique« , Dave Reay, membre du GIEC.
  • La sécheresse étend inexorablement son territoire, la qualité des terres s’altère, le risque de baisse des qualités nutritionnelles des récoltes s’accroit.

«D’ici 2050, le prix des céréales devrait connaître une augmentation de plus 7%, avec des conséquences immédiates sur la sécurité alimentaire des populations les plus pauvres. »

Enfin le GIEC, pointe également les effets du gaspillage alimentaire « 25 à 30% de la production totale de nourriture est gaspillée« , alors qu’environ 820 millions de personnes souffrent de la faim.

Les experts préconisent un rééquilibrage entre les assiettes du Nord, trop riches en viande et celles du Sud, trop pauvres en protéines animales.

Pour sortir de cette « surconsommation » de l’hémisphère nord, l’objectif est de réduire de 50% la consommation de viande dans nos alimentations « avec des baisses encore plus drastiques de l’ordre de 70 à 90% dans certains pays d’Europe de l’Ouest ou d’Amérique du Nord« . 

La forêt brûle, et on regarde ailleurs

La forêt brûle, et on regarde ailleurs.

Arrêtons de détruire toujours plus de terres arables et de forêts ! Elles brûlent sur toute la planète. Elles sont déforestées pour y fabriquer soja pour la viande bovine, biocarburants, huile de palme, et extraire or et produits pétroliers.

Une étude publiée en juillet 2019 vient de révéler les observations du satellite SMOS, réalisées sur la période 2010 à 2017 : d’après ces observations, sur la période, les écosystèmes tropicaux, entre déforestation d’un côté, et sécheresses de l’autre, ont perdu leur rôle de puits de carbone. A la fin de la période, ils sont neutres pour le cycle du carbone planétaire. Et demain sources de carbone, accélérant le changement climatique ?

Nous devons tout de suite affronter le réel, penser global et agir localement pour préserver les ressources dont nous avons réellement besoin.

L’autoroute A133-A134, le contournement Est de Rouen, n’est pas une opportunité, mais une nuisance. Et en plus, on devrait payer 1,5 milliard € pour nous nuire à nous-mêmes. Pour de la malbouffe en plus, une perte de souveraineté alimentaire et écologique, et une inégalité sociale.

Des responsables politiques non coupables, responsables d’une politique qui ne fait que nous plonger dans le grand monde du commerce qui ignore le principe même de précaution, ignore le réchauffement climatique et les solutions qui permettraient de limiter ses conséquences.

Zéro artificialisation nette des sols, neutralité carbone, lutte contre la pollution. Des mots et de l’argent. Du vent et pas d’action.

1ère action a faire de toute urgence : pas d’autoroute, pas de ZACs, et la préservation de l’eau et des terres nourricières.

 

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