ZACs : Après la désindustrialisation, la détertiairisation

contournement Est de Rouen, A133-A134, projet inutile et imposé

ZACs : Après la désindustrialisation, la détertiairisation

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Qu’est-ce qu’une Zone d’Aménagement Concertée ?

Les zones d’aménagement concerté sont les zones à l’intérieur desquelles une collectivité publique ou un établissement public y ayant vocation décide d’intervenir pour réaliser ou faire réaliser l’aménagement et l’équipement des terrains, notamment de ceux que cette collectivité ou cet établissement a acquis ou acquerra en vue de les céder ou de les concéder ultérieurement à des utilisateurs publics ou privés. Le périmètre et le programme de la zone d’aménagement concerté sont approuvés par délibération du conseil municipal ou de l’organe délibérant de l’établissement public de coopération intercommunale. Sont toutefois créées par le préfet, après avis du conseil municipal de la ou des communes concernées ou de l’établissement public de coopération intercommunale compétent, les zones d’aménagement concerté réalisées à l’initiative de l’Etat, des régions, des départements ou de leurs établissements publics et concessionnaires et les zones d’aménagement concerté situées, en tout ou partie, à l’intérieur d’un périmètre d’opération d’intérêt national. Une même zone d’aménagement concerté peut être créée sur plusieurs emplacements territorialement distincts.

La ZAC est une procédure, initiée par une personne publique, en vue de la réalisation de constructions de toute nature. Elle permet de produire du foncier prêt à bâtir : réorganisation du parcellaire, viabilisation des terrains, aménagement et équipement de la zone.

Voir http://caue14.com/le-conseil-aux-collectivites/memento/zac/

Sur le tracé autoroutier, les 32 ZACs sont les suivantes :

  • la zone d’activités de la Ventelette à Quincampoix, zone mixte de 8,9 hectares pour 6 entreprises ;
  • la zone d’emplois du Gros Chêne à Isneauville, zone mixte et artisanale de 5,4 hectares pour 20 entreprises ;
  • la zone d’activités des Hauts Champs à Isneauville, zone mixte et artisanale de 3,2 hectares pour 9 entreprises ;
  • le Creaparc de la plaine de la Ronce à Isneauville, zone tertiaire de 94,5 hectares pour 35 entreprises, le long de l’A28. Pour l’instant seuls 25 hectares ont été aménagés ;
  • La Briqueterie à St Jacques sur Darnétal, zone mixte de 10,9 hectares pour 47 entreprises ;
  • le Villages d’Entreprises à Boos, zone mixte et artisanale de 9,2 hectares pour 9 entreprises ;
  • la zone d’emplois de la Forge Férêt à Boos, zone mixte et artisanale de 5,3 hectares pour 12 entreprises ;
  • la zone d’activités des Genêts à Boos, zone mixte et artisanale de 3,4 hectares pour 6 entreprises ;
  • la zone industrielle du Mont Jarret à Ymare, zone industrielle de 10,3 hectares pour 1 entreprise ;
  • la zone d’activités Les Pointes aux Authieux sur le Port Saint Ouen, zone mixte et artisanale de 9,4 hectares pour 12 entreprises ;
  • la zone d’activités du Fort à Igoville, zone industrielle de 12,7 hectares pour 13 entreprises ;
  • la zone d’activités à Igoville, zone artisanale et commerciale de 7,5 hectares pour 10 entreprises ;
  • la zone industrielle M Real à Alizay, zone industrielle de 154,6hectares pour 31 entreprises ;
  • la plateforme multimodale Amont de Rouen au Manoir, d’une superficie de 283,2 hectares pour 1 entreprise ;
  • le Pharmaparc situé sur les communes de Val de Reuil et du Vaudreuil, zone de logistique pharmaceutique de 18,4 hectares pour 5 entreprises ;
  • le Village au Vaudreuil, zone artisanale et industrielle de 11 hectares pour 4 entreprises ;
  • les Coutures au Vaudreuil, zone artisanale, industrielle et commerciale de 5 hectares pour 8 entreprises ;
  • les Falaises à Val de Reuil, zone commerciale de 14,7 hectares pour 6 entreprises ;
  • les Lacs à Val de Reuil, zone artisanale et industrielle de 3,8 hectares pour 15 entreprises ;
  • le Vauvray à Val de Reuil, zone industrielle et logistique de 63,5 hectares pour 2 entreprises ;
  • le Parc des Portes à Val de Reuil, zone industrielle de 326,8 hectares pour 66 entreprises ;
  • le centre commercial à Incarville, zone commerciale de 7,8 pour 6 entreprises ;
  • la zone du Clos aux Antes à Tourville la Rivière, zone commerciale de 48,7 hectares pour 55 entreprises ;
  • le parc d’activités du Buisson à Oissel, zone mixte et artisanale de 2,1 hectares pour 4 entreprises ;
  • la zone industrielle de la Poudrerie à Oissel, zone mixte de 24,1 hectares pour 22 entreprises ;
  • la zone industrielle des Bords de Seine à Saint Etienne du Rouvray, zone mixte de 52,8 hectares pour 71 entreprises ;
  • la Chapelle et l’Etang à Saint Etienne du Rouvray, zone mixte de 13,3 hectares pour 26 entreprises ;
  • le Parc d’activités Edison à Saint Etienne du Rouvray, zone industrielle de 16,1 hectares pour 2 entreprises ;
  • le Technopôle du Madrillet à Saint Etienne du Rouvray, d’une surface de 142,6 pour 49 entreprises ;
  • la zone industrielle du Madrillet à Saint Etienne du Rouvray, zone mixte de 48 hectares pour 38 entreprises ;
  • Rouen Multi-Marchandises à Saint Etienne du Rouvray, zone de Logistique 59,9 hectares pour 44 entreprises ;
  • le Creaparc La Vente Olivier de Saint Etienne du Rouvray, zone mixte de 33,5 hectares pour 16 entreprises.

D’autres zones sont encore à l’étude :

Pourquoi tant de zones d’activités ?

Ces ZACs voient le jour parce que le monde économique local (élus, chambres consulaires) en fait la demande, au nom du sacro-saint développement économique et de la promesse d’emplois qui va avec… A la tête des chambres consulaires, se sont succédé des personnes dont les métiers étaient bien souvent liés au BTP, la logistique et les transports :

  • de 1962 à 1974, Jean Vaudour est Président de la CCI de Rouen. Il a été le promoteur principal de ce qui deviendra la zone industrielle de Rouen ;
  • de 1982 à 1983, Henri de Rochebouet est Président de la CCI de Rouen. Il est l’ancien président du Port Autonome de Rouen et dirigeant de Delmas, compagnie maritime française, spécialisée dans le transport depuis et vers l’Afrique, qui fait partie du groupe CMA-CGM ;
  • de 1983 à 1999, Jacques Mouchard était Président de la CCI de Rouen. Il était meunier, président de la Meunerie Française, puis de la Meunerie Européenne, et œuvre en faveur de l’aéroport de Rouen. Il était également Président du Port Autonome de Rouen de 1988 à 1994 ;
  • de 2011 à 2016, Gilles Treuil [était] Président de la CCI d’Evreux-Portes de Normandie. Il est Président du Groupe Treuil, entreprise du BTP. Il remplace M. Vianney de Chalus à la CCI Normandie ;
  • de 2016 à 2019, Eric Rouet [était] Président de la CCI d’Evreux-Porte de Normandie. Il [était] Président de Point P Normandie, entreprise de matériaux de construction ;
  • de 2016 à aujourd’hui, Vincent Laudat est Président de la CCI de Rouen. Il est chef d’entreprise (Limare et Epoxy 27, spécialisées dans la peinture et le marquage, sous-traitant pour l’aéronautique, du militaire, le ferroviaire, l’automobile, la communication, etc) ;
  • de 2016 à 2019 : Vianney de Chalus [était] Président de la Chambre Régionale de Commerce et Industrie de Normandie (CCI Normandie). Il est président d’une holding d’investissement, expert dans les métiers logistiques et maritimes.

Du côté des élus, chaque commune voit son intérêt à développer ces ZACs sur son territoire afin d’accroître ses revenus via la Contribution Économique Territoriale qui a remplacé la Taxe Professionnelle. Pourtant, le succès n’est pas toujours au rendez-vous… A force de créer des ZACs partout, elles se concurrencent entre elles. Un exemple le long de l’A28 : celui de Maresché. 4 millions d’euros ont été investis en 15 ans, 345 000 € de remboursement d’emprunt de frais de fonctionnement et d’entretien par an pour… une seule entreprise.

Cependant, pour les ZACs qui réussissent et les entreprises qui s’y installent, il y a souvent une opération immobilière juteuse : la terre en rase campagne ne vaut pas grand-chose comparé à ce qui se pratique dans les centres villes.
Peu importe que l’on déplace les employés depuis le centre ville pour des zones périurbaines puisque les parkings immenses jouxtent les entreprises, encourageant les employés à se déplacer en voiture, ce qui favorise toujours plus de congestion automobile et la pollution qui va avec.
Ces zones sont rarement installées sur des axes ferroviaires ou des lignes de bus ou de tramway.

Comment en est-on arrivé là ?

Pourquoi tant de ZACs ont-elle vu le jour depuis 50 ans ? Quelques éléments de réponse dans cet article paru il y a 10 ans sur la « France Moche » comme on l’appelle depuis :

« Lorsque apparaissent les premiers supermarchés, au début des années 60, la France ne compte que 200 kilomètres d’autoroutes, un morceau de périphérique parisien, aucune autre rocade, pas le moin­dre rond-point… et un architecte-urbaniste visionnaire, Le Corbusier ! Celui-ci a compris très tôt l’hégémonie à venir de la voiture, à laquelle il est favorable. Dès 1933, avec des confrères qu’il a réunis à Athènes, il a imaginé de découper les villes de fa­çon rationnelle, en quatre zones cor­respondant à quatre « fonctions » : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures routières.

L’État s’empare de l’idée, on entre dans l’ère des « zones », ZUP, ZAC, etc. (1) Et puis il faut « rattraper » l’Allemagne et son insolent réseau d’autoroutes ! Du pain bénit pour notre illustre corps d’ingénieurs des Ponts et Chaussées. La France inscrit dans la loi (loi Pasqua, 1998) que tout citoyen doit se trouver à moins de quarante-cinq minutes d’une entrée ou d’une sortie d’autoroute ! Des itinéraires de contournement des villes sont construits, le territoire se couvre d’échangeurs, de bre­telles et de rocades. Vingt ans plus tard, les enfilades de ronds-points à l’anglaise, trop nombreux et trop grands, parachèvent le travail : ils jouent, constate Mangin, « le rôle de diffuseurs de l’étalement dans le nouveau Meccano urbain qui se met en place ». »

Xavier de Jarcy et Vincent Remy – Télérama – Comment la France est devenue moche.

Autour de Rouen, on continue à fractionner le territoire de la sorte, avec donc un bon train de retard :

Continuer à construire des autoroutes, des rocades, des ronds-points pour relier les différents pôles, dans lesquels les gens vivent, travaillent, font leurs courses ou du sport, entre eux est une fuite en avant. Pourtant, nos élus privilégient cette option en s’obstinant à vouloir construire une nouvelle autoroute, l’A133-A134, qui va continuer à étaler la ville et bétonner la campagne. Si les ZACs construites le long des autoroutes depuis 50 ans avaient créé autant d’emplois qu’on nous l’annonce à chaque fois, il n’y aurait plus de chômage en France.

Des entreprises déplacées, parfois de quelques kilomètres, des employés également déplacés souvent plus loin de chez eux

Que l’on parle du Technopôle ou de la Ronce, deux lieux pour lesquels on nous rebat les oreilles qu’elles créent des emplois, il faut se rendre à l’évidence qu’il n’en est rien. En fait, les entreprises qui s’installent dans ces nouvelles ZACs ne font que se délocaliser. C’est le cas du CESI qui a quitté Mont Saint Aignan pour le Madrillet, d’AXA qui a quitté Belbeuf pour Isneauville, de bien d’autres…

Thalès au Mont-Jarret, 1 usine, deux créations d’emploi

Autre exemple, l’usine Thalès de la zone industrielle du Mont Jarret à Ymare. Pour ça, on a créé une route (le CD13) dans les années 1980, aux frais du contribuable bien entendu, entre la RD6015 et la D95. Seuls deux emplois ont été créés dans cette usine qui a simplement amené avec elle ses employés depuis ses usines de Lannion et Gennevilliers…

Cette usine s’est installée au milieu des champs sur une surface de 10,3 hectares. Plusieurs bâtiments à 1 étage maximum ont été construits, avec un vague jardin et les inévitables places de parking parce qu’on ne peut pas aller travailler dans cette usine autrement qu’en voiture, les transports en commun étant absents…

Cette zone ne s’est pas développée davantage alors qu’au départ elle devait s’étendre sur 150 hectares. Aujourd’hui, cette usine se retrouve sur le tracé autoroutier A133.

Lisez attentivement le courrier du Préfet Fontenaist à M. Yvon Robert, actuel maire de Rouen, sur l’artificialisation des sols « déraisonnable » :

télécharger
Lettre du Préfet Fontenaist à M. Yvon Robert sur les ambitions économiques démesurées par rapport à l’occupation des sols – 5 septembre 2000.

A l’horizon 2020, d’autres parcs d’activités seront disponibles :

gamme d'activité des ZAC
Cliquez sur l’image pour agrandir

Pourtant, la démographie est atone en Normandie depuis des décennies, et le chômage pas au plus bas malgré le pullulement des ces ZACs en tout genre, soit-disant pourvoyeuses d’emplois…

Que deviendront ces zones dans 20, 30 ou 40 ans ?

La très grande majorité de ces zones s’est installée au bord d’une rocade, d’une autoroute, sans autre moyen de s’y rendre qu’en voiture individuelle. Elles ont été conçues et aménagées pour la voiture individuelle. Les entreprises qui ont quitté les centres villes pour le périurbain en réalisant des profits juteux en revendant leurs locaux au prix du marché pour acheter du foncier à très bas coût en périphérie ont poussé les pouvoirs publics à aménager le territoire de la sorte : construire toujours plus loin du centre ville pour justifier la création de contournements, d’autoroutes, de rocades pour leur propre confort, et celui des entreprises du BTP. Plus on segmente le territoire et plus on construit de routes et plus il y a de voitures et plus on ajoute du trafic au trafic, c’est un cercle vicieux dont il faut sortir.

Le prix du carburant va continuer à augmenter, c’est une certitude. Comment feront alors les employés de ces zones pour se rendre à leur travail ?

Il y a fort à parier que l’on assistera à un abandon de ces zones qui deviendront des friches, à l’instar des nombreuses friches industrielles qui émaillent notre territoire.

L’exemple des assurances AXA deviendra-t-il récurrent ? Le bâtiment flambant neuf livré en 1968 à Belbeuf et qui a accueilli jusqu’à 1000 salariés n’aura duré que 48 ans. La société d’assurances a préféré déménager à la plaine de la Ronce à Isneauville pour intégrer de nouveaux bureaux. Coût de l’opération : 18 millions d’Euros . Et depuis, le site de Belbeuf a été classé en friche, faute de repreneur…

La friche Axa. Les employés qui y restent dans l’entreprise devront faire des km supplémentaires…

Toutes ces ZACs payées par la collectivité subiront-elles le même sort ? A force de toujours vouloir avoir le centre commercial le plus grand ou la zone d’activités la plus grande du territoire, pour concurrencer toujours plus les voisins, on assistera à une « détertiarisation » du territoire au même titre que la désindustrialisation.

En attendant, les grands perdants sont les contribuables et les terres agricoles sur lesquelles on laisse faire n’importe quoi au nom du développement économique, du désenclavement et de l’attractivité du territoire.

A quand une véritable prise de conscience et une volonté politique affichée et assumée d’aménager le territoire autrement ?

Pour aller plus loin :

Le jour où les zones commerciales auront dévoré nos villes, de Franck Gintrand, éd. Thierry Souccar.

La tentation du bitume, où s’arrêtera l’étalement urbain ? d’Eric Hamelin et Olivier Razemon, éd. Rue de l’Echiquier.

 

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