L’A133-A134 et les espaces agricoles, forestiers et naturels

contournement Est de Rouen, A133-A134, projet inutile et imposé

L’A133-A134 et les espaces agricoles, forestiers et naturels

Rue de Gouy, à l'endroit du futur échangeur entre l'A133-l'A134 et la D6015
Cette photo a été prise Rue de Gouy, à l’endroit du futur échangeur entre l’A133-l’A134 et la D6015, à cheval sur Les Authieux sur le Port Saint Ouen et Gouy.

Le projet autoroutier de contournement Est de Rouen, l’A133 et l’A134, c’est avant tout un projet qui risque d’engloutir 516 hectares au beau milieu de la “ceinture verte” de l’agglomération rouennaise et de la CASE (Communauté d’Agglomération Seine-Eure) : la moitié concerne des terres agricoles, réputées pour leur fertilité, et 146 hectares des espaces boisés classés.

Ce serpent de mer datant des années 1970 est censé prendre place au sein du poumon vert de Rouen, traversant la forêt de Préaux, le Bois de Beaulieu ( Bois L’Evêque), le Bois Tison (Bois d’Ennebourg), le Bois des Princes (Saint Aubin Epinay), le Bois des Chartreux (Montmain), le Bois des Fouilles (Boos), le Bois des Marettes (Boos), le Bois des Dames (Boos), le Bois des Communaux (Saint Aubin Celloville), le Bois de Rouville (Ymare et Alizay), la Forêt de Bord (Les Damps, Léry, Val de Reuil, Incarville).

https://reporterre.net/A-Rouen-le-contournement-autoroutier-veut-devorer-des-terres-agricoles

Durant la phase de concertation du projet autoroutier A133-A134 qui a eu lieu en 2014, la DREAL a brandi à de nombreuses reprises son fameux ERC, « Eviter-Réduire-Compenser ». Cela signifie que « la prise en compte de l’environnement doit être intégrée le plus tôt possible dans la conception d’un plan, programme ou d’un projet (que ce soit dans le choix du projet, de sa localisation, voire dans la réflexion sur son opportunité), afin qu’il soit le moins impactant possible pour l’environnement. Cette intégration de l’environnement, dès l’amont est essentielle pour prioriser : les étapes d’évitement des impacts tout d’abord, de réduction ensuite, et en dernier lieu, la compensation des impacts résiduels du projet, du plan ou du programme si les deux étapes précédentes n’ont pas permis de les supprimer. Le ministère définit la politique nationale en matière d’évitement, de réduction et de compensation des impacts environnementaux des plans, programmes ou des projets au travers des outils législatifs, tels que la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, et par la diffusion d’éléments méthodologiques comme les lignes directrices nationales sur la séquence éviter, réduire et compenser les impacts sur les milieux naturels qu’il porte à la connaissance de l’ensemble des acteurs de l’aménagement du territoire et du développement économique. »

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/eviter-reduire-et-compenser-impacts-sur-lenvironnement

Comment « Eviter » de détruire le poumon vert et les terres agricoles le long du projet autoroutier ? Tout simplement en ne réalisant pas cette autoroute…

Comment « Réduire » les impacts de cette autoroute ? A part de ne pas la réaliser, il va être très difficile de réduire ses impacts, aussi bien visuels que sonores. On ne parle même pas de la pollution atmosphérique qui elle, ne sera pas réduite, bien au contraire… Quant à la pollution que cette infrastructure va générer au niveau de la ressource en eau, le risque est plus qu’avéré : le projet autoroutier passe au-dessus de nombreux captages d’eau situés au Nord et à l’Est de Rouen, captages qui alimentent en eau potable 300 000 habitants de la Métropole de Rouen. Les eaux de ruissellement de l’autoroute vont infiltrer le sous-sol et venir polluer cette ressource. Mais la Métropole prend les devants en allant chercher de l’eau dans l’Eure, pour un montant de 582 millions d’Euros :

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/la-metropole-va-investir-582-m-dans-la-gestion-de-l-eau-d-ici-2030-NN14089400

Dès lors, comment « Compenser » ce qui va être perdu définitivement ? Quand on détruit une lisière de forêt ou une forêt, c’est toute la biodiversité qu’on détruit. Il est impossible de « compenser » une forêt qui existe depuis des millénaires, comme la Forêt de Bord, par exemple.

http://www1.onf.fr/enforet/bord-louviers/explorer/decouverte/20130828-133101-774969/@@index.html

En ce qui concerne les terres agricoles, il va être bien difficile de « Compenser » des terres particulièrement fertiles par d’autres. Pour cela, la SAFER achète des terres pour les redistribuer aux agriculteurs qui vont être expropriés par le projet autoroutier. Mais c’est obliger les agriculteurs à avoir des parcelles morcelées, disséminées sur le territoire et à aller cultiver leurs champs toujours plus loin.

https://reporterre.net/Les-Safer-gerent-elles-bien-les-terres-agricoles

La presse s’empare du sujet d’artificialisation des terres agricoles très souvent et tire la sonnette d’alarme :

« D’immenses surfaces agricoles françaises disparaissent chaque année en raison de l’urbanisation. Tous les cinq à six ans, l’équivalent de la surface d’un département disparaît sous le bitume. La France, qui dépend déjà largement des États-Unis et des pays asiatiques pour nourrir sa population, devra augmenter encore davantage ses importations. L’urbanisation additionnée au réchauffement climatique va diminuer les rendements. « On est en train de détruire ce qui nous fait vivre », termine Robert Levesque. »

https://www.consoglobe.com/les-surfaces-agricoles-disparaissent-sous-le-beton-cg

« La France des villes gagne du terrain sur la France rurale. De fait, l’artificialisation du territoire français continue de progresser, selon la dernière étude du ministère de l’Agriculture. Preuve de cet étalement urbain, la France construit et se bétonne plus vite que la population n’augmente. Ces terres sont transformées en surfaces goudronnées pour près de la moitié des surfaces artificialisées entre 2014 et 2015. Le reste des surfaces perdues par l’agriculture l’est au profit de pelouses et bâtiments. »

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/04/20/20002-20180420ARTFIG00005-la-betonisation-de-la-france-se-poursuit-au-detriment-des-surfaces-agricoles.php

“Tous les 10 ans, nous consommons en urbanisation l’équivalent d’un département français. Les terrains rendus artificiels (routes, urbanisation, équipements) représentent près de 10 % de la superficie de la France et s’étendent régulièrement. Ce phénomène n’est pas nouveau ni spécifique à la France. Il atteint toutefois une progression inquiétante, dont nous mesurons mal les effets.”

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/letalement-urbain-une-heresie-130807

« On a tous vu mille fois ce spectacle : une nuée de pavillons neufs qui s’élèvent là où, auparavant, s’étendaient quelques hectares de champs. Un bois rasé pour laisser la place à un supermarché et son immense parking goudronné. Une prairie qui « devient » une piscine municipale.
Cette tendance porte un nom aussi laid que son action sur les paysages : l’artificialisation des sols. Autrement dit, le remplacement d’espaces naturels, agricoles et forestiers par des zones bitumées, bétonnées ou couvertes de pelouses. Une manne pour le BTP, mais une catastrophe pour la biodiversité française. »

https://www.nouvelobs.com/planete/20180704.OBS9148/biodiversite-le-gouvernement-arretera-t-il-la-betonisation-des-champs-et-des-forets.html

« En à peine dix ans, c’est l’équivalent d’un département grand comme la Seine-et-Marne qui a été perdu pour l’agriculture et les écosystèmes. Ce trou béant dans la biodiversité a été comblé pour près de la moitié par le bitume des routes et des parkings. »

https://www.lesechos.fr/2018/04/surfaces-agricoles-et-espaces-naturels-continuent-de-disparaitre-en-france-989013

Le 5 octobre 2018, le media Actu Normandie titrait : « La Normandie, l’une des régions les plus bétonnées de France : comment endiguer le phénomène ? » 

« Selon une étude du Conseil économique social et environnemental régional (Ceser), publiée en septembre 2018, le béton grignote à grande vitesse les surfaces naturelles de Normandie. L’artificialisation des sols progresse à un rythme cinq fois supérieur à la croissance démographique ! »

https://actu.fr/societe/normandie-regions-plus-betonnees-france-ceser-region-comment-endiguer-phenomene_18878659.html

Croixmare – labour sauvage contre les pertes de terres agricoles – France 3 Normandie, 2013

France 3 Normandie, en 2013, avait filmé les Jeunes Agriculteurs de Normandie qui manifestaient contre la construction de l’A150 à Croixmare (76). L’un d’entre eux dit que la terre agricole est une denrée de plus en plus rare, que lorsqu’un hectare de terre agricole est perdu, il ne revient jamais à l’agriculture. La journaliste rappelle aussi qu’en Normandie, ce sont 1 500 hectares de terres agricoles qui disparaissent chaque année.

Le risque encouru avec la réalisation de l’Autoroute A133 et A134, c’est que les terres agricoles situées à l’intérieur du périmètre délimité par l’infrastructure aiguisent l’appétit des promoteurs immobiliers et des foncières qui vont considérer ces terres comme des zones à urbaniser. Le poumon vert et les terres fertiles risquent de se transformer en lotissements, en zones d’activités, en zones commerciales, en zones logistiques, bref en « France Moche », avec tous les dégâts que l’étalement urbain entraîne : raréfaction des terres fertiles, fragmentation du territoire, morcellement des espaces naturels et ville qui s’éparpille et se cloisonne, sans oublier la voiture qui s’impose comme le seul lien social…

Avec l'étalement urbain, les sols se couvrent partout d'un épiderme étanche qui inquiète de plus en plus les chercheurs...

“Routes, infrastructures publiques, parkings, zones commerciales et pavillonnaires, aéroports… Avec l’étalement urbain, les sols se couvrent partout d’un épiderme étanche qui inquiète de plus en plus les chercheurs.  Dans une expertise scientifique livrée avant Noël  pour aider le gouvernement à élaborer une stratégie de lutte contre l’artificialisation des sols, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) s’alarment des dommages que fait peser le bétonnage sur l’environnement de l’homme : fragmentation des paysages, perturbation des écoulements hydrologiques, pollution des milieux, grignotage de la biodiversité, hausse des températures, augmentation des nuisances acoustiques, disparition des terres agricoles… « Ce mécanisme est devenu la principale menace pour la santé des terres fertiles », résument les deux instituts.”

https://www.lesechos.fr/2018/01/quand-la-ville-ensevelit-les-sols-981778

Pour aller plus loin :

 

2 réponses

  1. Myriam dit :

    Sans compter que des installations seront limitées par la pollution, la proximité de l’autoroute.
    Conservons ces terres agricoles, convertissons les en bio et installons des maraichers, des élevages de qualité.
    Conservons nos bois et forêts, nos espaces naturels. Ils sont indispensables.
    Protégeons notre ressource en eau !

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