Gains de temps : 1,5 milliard € à trouver pour justifier la rentabilité de l’infrastructure.

contournement Est de Rouen, A133-A134, projet inutile et imposé

Gains de temps : 1,5 milliard € à trouver pour justifier la rentabilité de l’infrastructure.

Rouen : gains de temps estimés par la Dreal sans l'autoroute ou avec l'autoroute

Dans le cadre de l’enquête publique de 2016, une étude socio-économique (pièce F du dossier) établit une comparaison entre les coûts et les gains du projet. Les gains de temps sont censés représenter la quasi entièreté de la rentabilité du projet.

La décomposition de la VAN-SE non stressée (étude socio-économique) se répartit, pour les avantages, dans 3 postes :

  • gains de temps : 1507 M€ ;
  • gains environnementaux : 31 M€ ;
  • gains de sécurité : 47 M€.

Tous les autres postes sont négatifs, bien que nombre de postes n’aient pas été analysés (impacts environnementaux entre autres).

  • Avantages carburant -128 M€ ;
  • Coûts entretien et dépréciation des véhicules -234 M€ ;
  • Coûts d’investissement -523 M€ ;
  • Coûts entretien et exploitation des infrastructures -92 M€.

Cela signifie plus de kilomètres parcourus, plus de carburant, plus de pollution, et un investissement massif. Il en coûterait :

  • 157 millions € à la région Normandie ;
  • 66 millions € à la métropole Rouen Normandie ;
  • 22 millions € au département de la Seine-Maritime :
  • 15 millions € au département de l’Eure pour les raccordements ;
  • 245 millions € à l’État ;
  • Et pour les collectivités qui voudraient avoir elles-aussi un raccordement, il faudrait elles aussi mettre la main au portefeuille.

Plus de 1/2 milliard €, à condition de ne pas dépasser le coût estimé.

Interrogée à ce sujet, la maîtrise d’ouvrage a présenté le détail des temps de parcours sur la nouvelle infrastructure, qui sont effectivement inférieurs de 2 min en moyenne pour l’ensemble du trafic dans le cas où il n’y a pas de changement de structure de la matrice.

Appliqué à l’ensemble du trafic, ces modestes gains de temps expliquent le grand écart global par rapport à la situation dans laquelle les gains de temps sont plus forts mais concentrés sur les 25 % du trafic qui changent de destination

CGI (Commissariat Général à l’Investissement) – pièce K de l’enquête publique

Pour rentabiliser cela, le maître d’ouvrage, un seul avantage : le gain de temps qu’il estime à 1,5 milliard €. Comment le justifie-t-il ?

Lors de la concertation, des gains de temps avaient été présentés au public, basés sur quelques trajets spécifiés. Lors de l’enquête publique, l’association « non à l’autoroute » a déposé une contribution qui interrogeait ces gains de temps en respectant scrupuleusement la méthodologie expliquée par les auteurs de l’étude.

En les comparant les résultats obtenus à partir des résultats obtenus avec les outils Google maps, Mappy et Michelin, dont on connait la fiabilité, les gains de temps présentés par l’étude étaient littéralement effacés.

A la suite de l’enquête publique, et après que la déclaration d’utilité publique a été signée, le dossier d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique a été modifié. Sur plusieurs points. Le maître d’ouvrage y présente désormais les gains de temps d’une tout autre façon : en se situant à partir d’un point situé dans une commune, la maître d’ouvrage évalue le temps d’accès à tous les autres points du territoire.

Comprendre les cartes :

Le point de départ de l’usager est situé sur le gros point rouge (avec le nom de la commune), et les destinations sur tout le territoire sont indiqués par des pastilles de couleur. En fonction du temps évalué, une pastille de couleur, allant du vert au rouge foncé, indique le temps de trajet estimé par le maître d’ouvrage. Plus c’est vert, moins on met de temps (< 10 minutes), plus c’est rouge foncé, plus on met de temps (entre 45 et 90 minutes).

Une carte à gauche indique les estimations de temps en 2024 sans contournement, une autre à droite présente les estimations de temps de trajets vers chacun des points avec contournement.

Toutefois, la méthodologie employée et les explications des estimations fournies (avec et sans) ne figurent pas dans le document.

Pas plus que ne sont fournis les flux de véhicules, que l’on pourra recouper avec les comptages figurant sur les cartes de la DDTM.

Enfin on ne peut que s’étonner et regretter l’imprécision des temps de trajet, allant du simple au double : ainsi, un trajet de 46 minutes sera comptabilisé de 45 à 90 minutes.

Une carte avec des pastilles bleues plus ou moins foncées indique les gains de temps estimés.

Un vérification avec les outils cités plus haut, dont la fiabilité s’exprime à la minute, permettra de valider ou d’invalider la qualité de l’estimation. Les temps d’accessibilité étant donnés pour les usagers VL, nous utiliserons principalement Google Maps qui bénéficie du retour de données de tous les utilisateurs du réseau Waze.

Commençons par les usagers qui semblent être les plus demandeurs de cette autoroute, les Rouennais :

Rouen : des améliorations à la marge, mais une circulation aggravée rive gauche

Rouen : gains de temps estimés par la Dreal sans l'autoroute ou avec l'autoroute
Rouen : gains de temps estimés par la Dreal sans l’autoroute ou avec l’autoroute

Ce qu’on constate dans ces prévisions, censées répondre à la promesse faite aux usagers rouennais de décongestionner la ville, c’est que la congestion augmente rive gauche, ce qui pourrait s’expliquer par un trafic plus intense à hauteur du rond-point des vaches et s’étendant sur toute la rive gauche : Oissel, St-Etienne du Ry, Sotteville-lès-Rouen, Rouen gauche.

Bref, la situation semble bel et bien empirer pour les Rouennais.

Sur le tracé du projet autoroutier, la situation semble s’améliorer, faisant gagner du temps de Rouen à Boos, Martainville-Épreville, accessoirement la plaine de la Ronce à Isneauville, et bizarrement Val-de-Reuil et les communes de l’agglomération Seine-Eure (CASE).

Pourquoi bizarrement ? Parce qu’en tant qu’habitant de l’une de ces communes de la CASE, située sur une de ces pastilles rouge rubis, on m’indique que mon temps actuel à l’heure de pointe du matin, il me faudrait de 45 minutes jusqu’à 1h30 pour relier Rouen rive gauche.

de Val-de-Reuil à Pavilly en heure de pointe du matin
de Val-de-Reuil à Pavilly en heure de pointe du matin

Tout d’abord, je n’ai jamais expérimenté tous ces temps de trajet au quotidien. Mais si je ne peux me baser sur ma seule expérience, je préfère me référer aux estimations basées sur les données des usagers GPS que Goggle récupère, et je décide de rallier Pavilly en partant de Val-de-Reuil à 7h30 du matin, en pleine heure de pointe.

C’est une traversée le l’aire métropolitaine d’un bout à l’autre, passant par Rouen. Du Sud-Est au Nord-Est. Bilan des courses : 1h10. Les deux gros ralentissements se produisent à Criquebeuf-sur-Seine, car j’ai choisi de ne pas payer l’autoroute, Et avant le pont Flaubert, car les accès définitifs n’ont toujours pas été réalisés.

de Val-de-Reuil à Rouen  en heure de pointe du matin
de Val-de-Reuil à Rouen en heure de pointe du matin

Le calendrier de ces aménagements indique que ceux-ci n’arriveront qu’en même temps que la réalisation de l’A133-A134 si elle se fait, alors que ces travaux sont réclamés depuis des années. Ils auraient pu, et même dû être réalisés dès la création du pont Flaubert. Faut-il y voir la volonté de ne pas améliorer la desserte de Rouen pour les usagers avant que ne soit réalisée l’autoroute ?

En tous cas, cela améliorera très avantageusement la vie des navetteurs lorsque ces accès seront enfin réalisés, effaçant cet agaçant point noir pour la congestion urbaine.

De fait, pour un Rollivalois (habitant de Val-de-Reuil) ou un Casois (habitant de la Case), il faudra compter de 55 minutes à 1 heure aux pires heures de pointe pour gagner le centre-ville, au lieu des 35 minutes habituellement.

On a donc le choix entre le péage (2,37€ – en augmentation de 13%) pour gagner 5 minutes. Pour rentabiliser les 4,74 € / jour pour 2×5 minutes de salaire, il faut tout de même gagner 4800 € net /mois.

Alors on prend le choix de passer par la RD6015, d’économiser 100€ par mois pour faire plaisir à toute la famille, et puis se faire plaisir à faire la route par la campagne : il y a peu de camions – pour l’instant – on longe la Seine aussi, bref, le matin, c’est un peu galère, mais on ne paiera pas encore plus cher pour se retrouver au rond-point des vaches, donc dans les bouchons, alors qu’on évite déjà le péage pour 5 minutes.

Au rond-point des vaches, à cette heure, c’est un itinéraire qui n’est même pas proposé en option pour la destination : trop encombré. 12 minutes pour aller du rond-point des vaches aux quais rive gauche par la RD18e. Et en 2024, à cause de cette nouvelle autoroute, il serait encore plus encombré. Payer plus cher, pour plus d’encombrements, donc plus de temps : quel usager ferait ce choix ?

Sans doute, préféreront-ils se fier à leur expérience… et à Waze.

Des années très difficiles pour cause de travaux, des trajets – gratuits – plus longs ensuite !

Pour les usagers de la CASE, cette autoroute serait une plaie, et viendrait à renforcer la congestion au rond-point des vaches. On attend donc une amélioration de la desserte de la Sud III et du pont Flaubert ; et on attend qu’une autoroute ne vienne pas provoquer de ralentissements sur une départementale 6015 qui permet de se rendre à Rouen, habituellement en 35 minutes.

Pas seulement pendant la phase des travaux autoroutiers, qui se dérouleraient de 2020 à 2024 : les travaux sur les aménagements du pont Flaubert, prévus initialement de 2017 à 2023, ont pris du retard. Entre autres, pour cause de pollution aux particules ultrafines.

Alors, quels gains de temps pour les Rouennais ?

gains - et pertes - de temps pour les Rouennais
gains – et pertes – de temps pour les Rouennais

Selon le maître d’ouvrage, la Dreal, les gains de temps pour les Rouennais se situeraient… entre 0 et 5 minutes pour la quasi entièreté de l’agglomération Rouennaise. Autrement dit, vu le pessimisme des temps de trajet par rapport à Google Maps : rien.

Mais avec des pertes de temps anticipées rive gauche, dues à une congestion plus forte au niveau du rond-point des vaches et du boulevard industriel (RD18e).

Les Rouennais, bon ceux de la rive gauche, vont perdre du temps à cause de cette autoroute !

Étonnant, donc : les Rouennais sont perdants en terme de gains de temps, notamment rive gauche. Les gains sont insignifiants, sinon inexistants dès qu’on les compare aux données Google Maps, Mappy ou Michelin.

On peut comparer aussi les cartes livrées en heures creuses ou en heure de pointe du soir :

Rouen, heures de pointe du soir : des pertes de temps, des gains peu voire pas affirmés
Rouen, heures de pointe du soir : des pertes de temps, des gains peu voire pas affirmés
En heures creuses, les pertes de temps sont beaucoup plus marquées encore : rond point aux vaches, RD18e, port de Rouen
En heures creuses, les pertes de temps sont beaucoup plus marquées encore : rond point aux vaches, RD18e, port de Rouen

Alors, où donc sont les 1,5 milliard d’euros de gains de temps ? A Val-de-Reuil ?

La CASE (Louviers-Val de Reuil…) est bien reliée à Rouen, puisque l’A13 dessert l’agglomération d’Heudebouville à Incarville et Criquebeuf (pas de péage).

Criquebeuf, ce sont 21550 TMJA (Trafic Moyen Journalier Annuel), dont 1940 poids-lourds (9%). C’est plus que l’A28 Bourg-Achard-Alençon, et 3 fois plus que sur l’A150 d’Yvetot à Rouen.

Ceux-là ont décidé d’échapper au péage. Dont les camions qui économisent ainsi 62 € de péage entre Paris et la partie gratuite de l’A13.

Encore une fois, entre 0 et 5 minutes de gains de temps présentés sur l’agglomération, mais que de pertes de temps dans le sud de la métropole (les pastilles violacées), de la rive gauche de l’agglomération jusqu’à Elbeuf, et même l’accès à l’A13 (?) ! Les eurois vont donc perdre du temps dans leur propre bassin de vie et d’emplois.

Mais les Eurois gagneraient pour se rendre à Boos (dont l’aéroport international est en cours de fermeture…), Martainville-Épreville ou Isneauville et la plaine de la Ronce qui peine encore à s’y vendre. Raison pour laquelle les CCI et la métropole font assaut de rayonnement, d’attractivité et d’accessibilité pour cette ZAC.

Comptages DDTM 2017 – cliquez pour agrandir

Sans toutefois préciser le nombre d’usagers de l’Eure se rendant à chaque jour à Boos, Isneauville ou Martainville ? On gagne un temps… flou.

Il convient donc de vérifier les flux :

Il faut donc se rendre sur les cartes des comptages de la DDTM de 2017 pour constater que les flux, c’est d’abord des échanges avec l’agglomération, via l’A13 (et un gros point noir à Criquebeuf-sur-Seine, avec 21549 TMJA pour l’accès gratuit), la RD 6015 pour rejoindre la rive droite de Rouen (10379 TMJA dont 532 poids-lourds), ou en direction de Gaillon (échangeur sur l’A13 sans péage), la RD321 en direction de la RD 6014 (11241 TMJA, dont 763 PL) pour aller vers Paris sans péage et la RN154 en direction d’Évreux (2730 TMJA dont 3700 PL).

Boos, Martainville et même Isneauville ne sont donc pas les destinations de prédilection pour les usagers de la CASE, qui disposent en outre de leur propre bassin d’emplois : le Pharma Parc.

La CASE ne gagnera rien avec cette autoroute Nord-Sud :

  • les gains de temps sont hypothétiques et nécessiteraient une volonté de payer plus cher que l’A13, alors même que les usagers choisissent chaque jour les bouchons pour éviter le péage. L’A13 permet l’accès facile tant au rond-point des vaches qu’à la Sud III (N338) ou à Elbeuf ;
  • faire le choix de l’autoroute A133 et de la sortie A134 reviendrait à payer un péage dont on peut sérieusement penser qu’il coûtera plus cher que celui de l’A13 à Incarville. La sortie A134 donne un accès sur le rond point des vaches dont le maître d’ouvrage estime qu’il sera de fait plus congestionné du fait du trafic ajouté ;
  • des pertes de temps sont prévues pour son bassin de vie et d’emplois ;
  • l’autoroute étant en partie concurrente de la RD 6015, et venant à la couper, les 10000 usagers qui l’empruntent quotidiennement risquent fort de connaître de sérieux ralentissements.

Si Rouen y perd, au moins dans sa rive gauche, que la CASE y perd, qu’a à y gagner Isneauville, à l’autre extrémité de l’autoroute ?

Fort logiquement, l’accessibilité à partir d’Isneauville montre des gains de temps sur le parcours du tracé : Martainville-Épreville, Saint-Jacques sur Darnétal, Boos.

Un gain de temps plus prononcé pour Val-de-Reuil, mais aussi apparemment pour Sotteville-lès-Rouen.

5 à 10 minutes le matin selon le maître d’ouvrage, entre 0 et 5 minutes en heure creuse et jusqu’à 10 minutes le soir.

Mais. l’usager arrive alors, non pas à destination, mais au rond-point des vaches, et on voit mal un usager payer le péage sur un contournement aussi éloigné pour arriver in fine au rond-point aux vaches, alors très encombré, puis rebrousser chemin pour se rendre au travail, avec tous les usagers en provenance du sud et de l’A13.

Il faudra donc qu’il ajoute le temps rond-point des vaches-travail à ce long et coûteux détour.

A28 à Isneauville – Sotteville, c’est 12 km actuellement. 28 km par autoroute, avec un péage, pour aboutir au rond-point des vaches, puis 6 km de voie congestionnée sur la RD18e jusqu’à Sotteville-Lès-Rouen avec l’A133-A134. Ajouter 20 minutes pour franchir le bouchon en heure de pointe.

3 fois plus de kilomètres, plus de carburant, plus de pollution, plus de temps, et le péage en plus. A 10 centimes (valeur 2010), c’est 6,8 € / jour (valeur 2019). À 19 centimes, comme on le constate sur les autoroutes concurrentes (et désertées), ça fait 10,60 € /jour.

Qui croira que l’usager qui vient de la périphérie au nord de l’agglomération, et va travailler dans le centre, aura envie de prendre cette autoroute pour permettre aux autres usagers une circulation plus apaisée ? Ce serait de l’abnégation…

La Dreal nous explique que la desserte de Rouen gauche – Sotteville à partir d’Isneauville au matin en heure de pointe coûte 30 à 45 minutes. Un temps flou, encore !
Google maps nous donne 35 minutes en pleine heure de pointe. Pas 45 minutes, 35 minutes.

Là-dessus, le maître d’ouvrage nous donne 5 minutes de gain de temps. Ce qui revient à expliquer qu’il ne faudrait que 30 minutes pour faire un trajet plus long, avec plus de carburant et donc de pollution, et quelques euros de péage.

Il faut aussi ajouter les 22 minutes du rond-point des vaches à Sotteville, via la R18e (voir ci-contre). Soit 52 minutes au lieu de 35 minutes.

Cela signifie plus d’un quart d’heure perdu pour l’usager, plus le carburant et le péage.

Pour le reste, de Martainville ou de Boos, qui pensera à payer un péage pour des trajets si courts, hormis les cadres qui utiliseront l’aviation d’affaires à Boos pour rejoindre la ZAC de la Ronce, ou ceux qui, avec quelques commerciaux, n’ont le droit qu’à la voiture et prendront un raccourci défrayé de l’A13 (Paris) vers la ZAC de la Ronce ?

Mais un tel raccourci vers une ZAC qui n’existe pas encore, ou si peu, ne justifie pas 1507 millions € (1,5 milliard €).

BOOS, 3549 habitants, serait apparemment le grand gagnant des gains de temps (hormis « l’attractivité » de la ZAC de la Ronce).

Boos, « aéroport international » – dont on annonce la fermeture de la principale ligne (Boos-Lyon) à l’été – va bénéficier, selon la dréal, d’un gain de temps d’une demi-heure à 3/4 d’heure en heure de pointe pour se rendre au rond-point des vaches. On ira quand même vérifier.

Un gain de temps prévu par la Dreal de 20 à 30 minutes pour aller de Boos à Val-de-Reuil en heure de pointe du soir ; même gain de temps pour Elbeuf et Isneauville. Nous vérifierons cela.

Et un gain de temps de 20 à 30 minutes pour rejoindre l’A13 vers l’ouest…

Par contre, des pertes de temps pour aller vers l’Est, de l’autre côté de l’autoroute.

Là encore pour vérifier les situations avant/après l’autoroute, nous ne pouvons que nous baser sur les temps de trajets actuels, ils seront fournis pas google maps.

Pour justifier 1,5 Md€, il faut s’assurer qu’il y a réellement des gains de temps, avant de les garantir au concessionnaire :

Rond-point de vaches à Boos en heure de pointe - 28 mn le matin, 30 mn le soir - la Dreal annonce jusqu'à 30 minutes de gain de temps.
Rond-point de vaches à Boos en heure de pointe – 28 mn le matin, 30 mn le soir – la Dreal annonce jusqu’à 30 minutes de gain de temps. Mode science-fiction activé.
Boos - Isneauville : jusqu'à 30 minutes de gain de temps pour un trajet qui prend 35 minutes pour 20 km.
Boos – Isneauville : jusqu’à 30 minutes de gain de temps pour un trajet qui prend 35 minutes pour 20 km.
Jusqu'à 30 minutes de gain de temps pour rejoidre l'A13 à partir de Boos le matin en heure de pointe, pour un trajet actuel qui prend 26 minutes !
Jusqu’à 30 minutes de gain de temps pour rejoidre l’A13 à partir de Boos le matin en heure de pointe, pour un trajet actuel qui prend 26 minutes !
Là est le hic ! Se retrouvent sur le contournement de Pont de l’Arche, et le pont, et la commune, 21600 usagers PL et VL qui ont décidé de ne pas payer de péage pour se rendre au travail, ou pour livrer du fret camion en économisant 62 € de péage.
12 minutes de perte de temps pour traverser le pont et la commune aux heures de pointe. Et pourtant, ils le font !
Aux minutes de gains de temps de 30 minutes sur un trajet qui durent de 28 à 30 minutes, il faut ajouter les 22 minutes de traversée du boulevard industriel (RD18e).
Aux 30 minutes de gains de temps sur un trajet qui dure de 28 à 30 minutes, il faut ajouter les 22 minutes de traversée du boulevard industriel (RD18e).
Boos - Elbeuf : jusqu'à 30 minutes de gain de temps pour un trajet qui prend 45 minutes en heure de pointe, et 22 kilomètres.
Boos – Elbeuf : jusqu’à 30 minutes de gain de temps pour un trajet qui prend 45 minutes en heure de pointe, et 22 kilomètres.
Idem le soir, 24 minutes de trajet et 30 minutes de gain de temps. On arrive 6 minutes avant d'être parti.
Idem le soir, 24 minutes de trajet et 30 minutes de gain de temps. On arrive 6 minutes avant d’être parti.

Des gains de temps de 30 minutes pour des trajets d’environ 30 minutes : mais par où passent-ils ? Cotisons-nous pour offrir un GPS à la Dreal !

Les gains de temps présentés sont clairement irréalistes. De nouveau. Encore et encore, les promoteurs de l’autoroute font le choix de ne pas sélectionner les routes que les gens utilisent pour les déplacements quotidiens ou habituels, et prennent bizarrement la route la plus longue ! En temps et en km.

C’est :

  • soit une erreur manifeste et répétée de techniciens dans le haut du panier, pourtant contrôlés par les pontes de la Dreal ;
  • ou bien une erreur de Google maps sur chaque durée de trajet, toutes destinations confondues, et il faut demander à Google de changer son moteur. Pourtant, par chance, il semble qu’il soit très précis pour la plupart des usagers…
  • ou bien encore une volonté de présenter avantageusement l’autoroute de la part de l’État envers les SCA (sociétés concessionnaires d’autoroutes).

Dans ce dernier cas, les SCA ne pourront pas se retourner contre l’État, car nous les prévenons du risque, et que leurs techniciens ne sont pas non plus tout à fait incompétents. Il n’y a pas de vice caché : s’il y a une promesse non-tenue, ce sera pour les contribuables et usagers, pas envers les SCA qui ne peuvent pas ne pas savoir.

Donc pas de compensation à attendre du fait d’un trafic garanti, alors que l’on sait par avance qu’il ne sera pas atteint. Tout comme ne sont pas atteints les trafics prévus pour l’A28 Sud, ou l’A150. Même s’il n’y a pas le trafic prévisionnel (et non garanti), pas de compensation, ni de clause de déchéance, ni de subvention d’équilibre.

Il est donc hors de question ensuite de privatiser la RN 154 entre Incarville et Évreux pour compenser le manque de trafic sur l’A133 alors que l’on sait que les gains de temps n’existent pas, et ne représentent en aucun cas 1,5 Md€.

Ceci, bien que l’on sait que cela les titille fortement, et que des demandes ont déjà été faites dans ce sens par les milieux économiques et les SCA.

Dernier cas où l’on note des gains de temps, apparemment, c’est sur la RD321 entre Romilly-sur-Andelle et Alizay :

Ouh, la, la ! Que de pastilles bleues censées démontrer que l’Andelle est enfin désenclavée. Car c’est un des trois objectifs de l’autoroute :

  1. désengorger Rouen,
  2. détourner le trafic de transit de poids-lourds,
  3. désenclaver l’Andelle.

Donc, les prévisions du maître d’ouvrage semblent bien alléchantes quand on regarde toutes ces pastilles de couleurs qui nous montrent l’accessibilité en termes de temps, et les gains de temps en bleu. Que disent-elles ?

Des pertes de temps, certes, à l’Est, de l’autre côté de l’autoroute. Tant pis pour Fleury-sur-Andelle et l’accès à la RD6014, ce ne sont que quelques minutes qui seraient perdues…

Mais alors, côté gains de temps, c’est un festival ! Youpi !

  • jusqu’à 30 minutes de gain de temps vers le rond-point des vaches et la la rive gauche ;
  • jusqu’à 20 minutes de gain de temps pour la CASE et Val-de-Reuil ;
  • jusqu’à 10 minutes de gain de temps pour aller à Boos ou Elbeuf ;
  • et 5 minutes de gains de temps pour se rendre à Alizay, Igoville, etc…
  • pour finir de rire, jusqu’à 20 minutes de gain de temps pour se rendre à Tourville-la-Rivière, l’énorme zone commerciale ;
  • 20 minutes de gain de temps pour l’accès à l’A13 !

Pour cela ils ont calculé les durées de trajets vers des points indiqués par des pastilles, en indiquant les origines-destinations, mais sans indiquer le trajet emprunté, ni les flux (TMJA, trafic moyen journalier annuel accompagné d’une estimation – en pourcentage – du nombre de poids lourds entrant dans leur composition).

  • de 30 à 45 minutes entre Romilly et le rond-point des vaches ;
  • entre 45 et 90 minutes pour la rive gauche ;
  • de 20 à 30 minutes pour se rendre à Val-de-Reuil ;
  • de 30 à 45 minutes entre Romilly et Tourville-la-Rivière ;
  • de 30 à 45 minutes entre Romilly et Elbeuf ;
  • de 30 à 45 minutes entre Romilly et Isneauville ;
  • de 20 à 30 minutes entre Romilly et Boos
30 à 45 minutes pour se rendre de Romilly au rond-point des vaches en heure de pointe le soir, selon la Dreal.
30 minutes sans péage aujourd’hui.

Mais par où passent-ils ?

Ainsi il faudrait jusqu’à 45 minutes pour se rendre de Romilly au rond-point des vaches.

Et jusqu’à 90 minutes pour un échange le soir avec quasiment toute l’agglomération à partir de la rive gauche, incluse.

Nous commençons donc le fact-checking :

  • Romilly-Rond-point-des vaches : 30 minutes en heure de pointe le soir (et non jusqu’à 45 minutes) sans péage ;
  • Romilly – Tourville-la-Rivière : 20 minutes, et non 30 à 45 minutes ;
  • Romilly-Boos, c’est 18 minutes, et non jusqu’à 30 minutes ;
  • Romilly-Sotteville-lès-Rouen, c’est 45 minutes en heure de pointe, et non jusqu’à 90 minutes ;
  • Romilly-Rouen, place saint-Paul, c’est 40 minutes, et non jusqu’à 90 minutes ;
  • Romilly-Isneauville, c’est 45 minutes, et non jusqu’à 90 minutes ;
  • Romilly-A13, vers l’ouest, c’est 26 minutes en heure de pointe, au lieu de 20 minutes habituellement. Et non de 30 à 45 minutes ;
  • nous nous sommes payés le luxe en traversant l’agglomération en heure de pointe de Romilly-sur-Andelle à Barentin pour chercher une destination qui pourrait atteindre les 90 minutes en un point de l’aire métropolitaine. Bilan : 1 heure !

1ère constatation : en exagérant les résultats, de 5, 10, 20 et même 30 minutes, voire 45 minutes, il est facile de réaliser 5 minutes de gain de temps. Nous pouvons aussi tout à fait se conclure qu’il y aura des pertes de temps.

Et c’est ce qu’il adviendra si les promoteurs du projet réussissent à attirer de nouveaux trafics, comme ils l’espèrent. Et que l’étalement urbain, qui n’a jamais été maîtrisé jusqu’à lors, qui est mis en avant avec le développement des ZACs et des nouvelles zones pavillonnaires, ne vienne aggraver la congestion sur les pénétrantes.

Les routes gratuites risquent fort d’être dégradées en termes de gains de temps du fait de l’empêchement de l’autoroute qui les coupe.

Il est temps de vérifier tout ces données avec google qui utilise les méta-données (les datas) des usagers équipés de GPS. Le résultat fourni par Google correspond aux temps que l’on expérimente localement. Nous choisissons les résultats des heures de pointe :

30 à 45 minutes pour se rendre de Romilly à Tourville en heure de pointe, selon la Dreal.
il ne faudrait que de 10 à 20 minutes s’il y avait l’autoroute, estime le maître d’ouvrage. En passant par le rond-point des vaches, en faisant plus de km (rond-point des vaches – Tourville-la-Rivière, 12 minutes), et en payant un péage en plus.
Aujourd’hui, c’est 20 minutes de trajet.
18 minutes entre boos et Romilly-sur-Andelle le matin, et non de 20 à 30 minutes.
Avec l’autoroute, ce serait de 15 à 20 minutes.
Bref, exactement ce qu’on a aujourd’hui sans autoroute.
La litanie continue : Romilly – Isneauville. 45 minutes aujourd’hui, jusqu’à 1h30 selon la Dreal.
Et encore : Romilly-sur-Andelle – Sotteville-lès-Rouen, 45 minutes en heure de pointe aujourd’hui, jusqu’à 1h30 selon la Dreal.
Accès à l’autoroute. Le pompon !
Il n’y a pas d’accès de cette autoroute dont on constate, pas à pas, qu’elle est de plus en plus inutile, vers l’A13 à l’ouest, en direction de Rouen, Caen, le Havre,…
Il ne faut que 20 à 26 minutes pour rejoindre cette autoroute, sans en prendre une autre, sans payer de péage, sans faire de détour de 12 minutes en supplément.
Pourquoi annoncent-ils (le service public, les services de l’État, la Dreal) qu’il faut jusqu’à 3/4 d’heure ? C’est manifestement une tromperie.
Nous vous l’avions promis : Romilly-sur-Andelle – Barentin en heure de point le soir. Pour démontrer que cette notion de 1h30 est une élucubration !
Il faut 1 heure, pas une heure 30 pour traverser de pied en cap l’aire métropolitaine, du Sud-Est au Nord-Ouest du bout du bout, et pas une heure trente !
40 minutes en heures creuses.
Quand bien même on serait en train de démembrer le service public, il lui reste une obligation de service public, et de ne pas mentir pour servir les intérêts privés.
Pour information !
Cela n’intéressera que les locaux d’une étape, là où l’on verrait s’ériger l’un des pires échangeurs du projet.
La Dreal annonce 5 minutes de gain de temps sur une longue ligne droite de 8 km, sans entrave pour l’instant. Après l’autoroute, ce serait un énorme talus sous lequel il faudrait passer.
Expliquez-vous !
Comme pour chaque image, cliquez dessus pour l’agrandir.
En quoi un tel « obstacle » ferait-il gagner 5 minutes aux usagers ? On vous l’explique dans une suite pas piquée des hannetons !

Ce n’est pas un travail de professionnel averti, pas du niveau d’un service public pourtant très compétent, ce n’est pas non plus du marketing de haut niveau, c’est du coloriage !

Vous l’aurez bien compris, ces pastilles de coloriage répondent expressément aux gains de temps prévus par le maître d’ouvrage.

Sauf pour Rouen, où les 5 minutes (pourtant contestables) de gains de temps ne représentent pas un avantage permettant de justifier le milliard et demi d’euros de gains de temps.

Bon, sauf pour Boos aussi, et sauf pour Val-de-Reuil aussi, ou Isneauville. Tout est contestable. Et contesté par les outils GPS et l’expérience usager.

Mais pour le désenclavement de l’Andelle, il a fallu apporter autre chose : le problème de l’Andelle, c’est son trafic de poids-lourds, qui provient de l’Est, le port de Paris à Gennevilliers pour la plupart. 1068 PL / jour.

Ces PL sont en transit, mais ne sont absolument pas concernés par le contournement Est. Celui-ci n’a pas d’accès vers l’A13 à l’Ouest.

Lors de la concertation de 2014, une carte des interdictions de PL en transit a été proposée. Mais celle-ci ne concernait qu’une interdiction de trafic de PL en transit au nord, et au sud uniquemenent sur la RD 6015 (Louviers-Pont-de-l’Arche).

Après les échanges avec la Dreal au cours de la concertation, nous sommes parvenus à leur faire éditer un nouvelle carte des interdiction, incluant les interdictions sur la RD321 (au forceps !).

Il faut comprendre pourquoi :

 

Pour un poids-lourd en échange avec Rouen, le Havre, Caen, la Bretagne et l’Ouest de la France, il rejoignent l’A13.

Deux solutions :

  • La première, logique pour des poids-lourds en transit : prendre l’A86, puis l’A13. 111 kilomètres et 62 euros de péage ;
  • la seconde, prendre l’A15 à Gennevilliers, puis la RD6014, la RD321 juqu’à Criquebeuf-sur-Seine. 110 kilomètres et aucun péage (et aucune éco-taxe).
111 kilomètres. La meilleure route pour les poids-lourds en transit. Sécurisée et plus rapide, surtout avec l’avantage du 80km/h sur départementales.
Mais 62 € de péage pour un gain de temps de 20 minutes.
110 kilomètres. Aucun péage. What else ?
Sauf à ce que les chauffeurs routiers soient payés 180 € de l’heure, s’il n’y a pas de matières périssables en 20 minutes, ou s’il n’y a pas d’obligation de livrer just in time ou d’être bloqué pour temps de conduite, c’est une route idéale pour les routiers.

Donc, en 2014, au cours de la concertation, la carte des interdictions de trafics PL en transit a évolué. Elle est passée de 2 à 3 interdictions. Cette troisième étant très attendue par les habitants qui n’en peuvent plus de voir un camion passer au ras de leur maison à Romilly-sur-Andelle ou Pont-Saint-Pierre toutes les 30 secondes :

Les interdictions de circulations figurants dans les engagements de l’État, après la DUP. De la sensibilisation envers les collectivités compétentes…
La seconde version des interdictions, incluant la RD 321. Mais à Alizay. Pas à partir de Paris, d’Écouis, de Charleval ou autres. Donc à l’arrivée. Va-t-on demander à de poids-lourds venat de Paris de retourner à Paris ? Sérieux ?

De plus, l’Autorité environnementale, tout comme les enquêteurs publics doutent de la possibilité d’effectuer des contrôles, aucune aire n’étant prévue.

Mais ce n’est pas grave, l’interdiction sur la RD 321 qui est apparue lors de la concertation a disparu après que l’Autorité environnementale a statué. Ce que notre recours a dénoncé.
Après notre recours, elle a réapparu. C’est étrange et magique.

Malheureusement, elle n’apparaît plus dans les engagements de l’État.
Alors ? 5 minutes de gain de temps sur la RD 321 ? Ou bien du trafic PL ajouté qui ne voudra pas payer un péage supplémentaire ?
  • Un document qui apparait dans le dossier préalable à l’enquête publique,
  • qui disparait ensuite après l’enquête publique dans le dossier préalable à l’enquête publique (qui aurait du être gravé dans le marbre, mis sous verre et versé au public),
  • qui réapparait ensuite à la suite d’un recours qui dénonce ce fait,
  • et qui re-disparait ensuite le dossier des engagements de l’État ?

C’est dans ce document, le dossier des engagements de l’État, page 32, établi après la déclaration d’utilité publique prononcée par décret le 14 novembre 2017, que l’interdiction a re-redisparu,

Mais il n’y a pas besoin d’autoroute pour mettre en place ces interdictions de trafics de transit sur la RD6014 et la RD321 : on peut les mettre en place dès demain, sur l’A15 dès la sortie du port de Gennevilliers, et sur l’A13 entre Rouen et l’Île-de-France.

Si l’on constate que les poids-lourds en transit continuent d’abuser des départementales, il suffira de mettre en place des contrôles.

C’est vertueux pour la consommation de carburant, les émissions de CO2 et de polluants, pour l’entretien des routes, pour l’État qui encaissera la TVA sur les péages, pour les riverains, les usagers VL, et pour les SCA qui encaisseront le péage.

Et l’on résout ainsi une bonne partie des problèmes de congestion des pénétrantes de l’agglomération rouennaise à Est, d’un niveau de trafic que l’on pourrait qualifier de niveau autoroutier sur la RD 321, la congestion de Pont-de-l’Arche, la dangerosité de la sortie 20 sur l’A13…

Attendu qu’il n’y a plus rien à attendre du côté de l’écotaxe (taxe poids-lourds), pourquoi remettre au sur-lendemain ce qui peut être fait immédiatement ?

Le milliard et demi d’euros n’existe pas en gains de temps. Certes, il existera vraisemblablement pour les SCA. Mais pas pour l’immense majorité des usagers, ni des habitants.

Nous constatons des apparitions/disparitions, coloriages trompeurs, chiffres alambiqués et infirmés par les outils modernes et les comptages de trafic actualisés.

C’est énormément d’argent public pour rien !

 

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